Mon parcours
Ce que j’aime, c’est ce que chaque masque m’oblige à aller chercher. J’ai vu Cyrano au cinéma quand j’avais onze ans, et je n’ai jamais quitté le plateau depuis. D’abord en tant que passionné en vivant d’autres vies, puis en tant que professionnel.
L’alexandrin de Racine, la folie de Shakespeare, l’ampleur de Corneille, le comique de Molière : j’aime les textes qui demandent qu’on leur donne une musique, une voix, et un corps, pour en faire émerger un sens profond. Autant de plaisir à préparer, reprendre et préciser qu’à jouer. Depuis quelques années, la caméra a pris sa place à côté du plateau, et le micro aussi.
En ce moment, je joue notamment dans un spectacle sur les violences conjugales, monté à partir d’extraits de procès réels. On le donne dans des tribunaux, des hôtels de ville, des salles de réunion citoyenne — rarement dans un théâtre. Le débat qui suit dure presque aussi longtemps que la représentation.
Et il y a les ateliers, en collège et en lycée. Faire dire un alexandrin à voix haute à quelqu’un qui n’en avait jamais lu. J’y apprends au moins autant que j’y donne.
Le piano me suit depuis l’âge de cinq ans — Conservatoire, improvisation, composition, pour la scène et pour l’image. Je chante en baryton-basse, je me bats à l’épée, et je parle russe : mon père est d’origine soviétique.
J’ai aussi été élève-officier dans l’armée de Terre, en Guyane, puis réserviste en gendarmerie, en Normandie. On en retient d’abord ce qui se voit — l’uniforme, le maniement des armes ; je suis moniteur de tir. Mais ce que j’en garde vraiment, ce sont les humains : de tous milieux, mécaniciens, médecins, cuisiniers, gendarmes de campagne… Des concitoyens que le théâtre seul ne m’aurait jamais fait rencontrer. Je m’en sers chaque fois qu’il s’agit de fabriquer quelqu’un.
C’est peut-être cela, au fond : aucun endroit où je sois passé, aucune expérience de vie qui ne finisse, un jour, par servir sur un plateau.
